Comment trouver du travail en Australie pour valider ses 88 jours ?
Valider ses 88 jours, c’est l’un des objectifs que beaucoup de backpackers se fixent pour renouveler leur WHV une année supplémentaire, que ce soit directement après leur première année ou plus tard, avant leurs 35 ans.
Pour valider ses 88 jours, il faut travailler dans des emplois qui ont besoin de main-d’œuvre ou dans des activités situées dans des endroits où peu de personnes veulent travailler. Vous pourrez trouver toutes ces informations sur les sites officiels du gouvernement, car cela est réglementé. Sachez simplement que cela concerne principalement les fermes, l’élevage, les mines ou encore l’hospitality dans des zones remote.
Valider ses jours en ferme
La plupart des backpackers valident leurs jours dans les fermes, car c’est là où la demande est la plus abondante.
Le premier critère à prendre en compte : la saisonnalité
Ne perdez pas votre temps à candidater inutilement dans des fermes où il n’y a pas d’activité.
Pour vous repérer — et c’est la première étape — il faut visualiser les saisons de chaque fruit et légume.
Pour cela, rien de mieux que le National Harvest Guide, édité par le Gouvernement australien. Il est accessible gratuitement et vous pouvez le télécharger en PDF sur ce lien. Ce guide est vraiment complet. Il vous donnera aussi des adresses pour trouver un logement et des renseignements utiles sur vos missions selon chaque fruit et légume.
Ci-dessous, quelques extraits de ce guide :





La géolocalisation : votre boussole
Après avoir consulté cette bible — peut-être le guide le plus essentiel à avoir sous les yeux au départ — vous pourrez avoir une idée rapide des meilleures régions à cibler grâce à cette aide mémorielle.

C’est pratique si vous n’êtes pas encore arrivé en Australie et que vous devez choisir votre destination de départ.
Si vous êtes déjà sur place, au contraire, je vous recommande fortement de procéder à une sélection en fonction de votre géolocalisation. Se déplacer dans un pays aussi gigantesque que l’Australie représente une perte d’argent sèche et une perte de temps. Avec la hausse du prix des carburants, c’est la double peine.
Trouver les contacts des fermes
Alors que beaucoup de backpackers utilisent des applications payantes, souvent inutiles, pour trouver les contacts des fermes, il existe une carte Google Maps où un utilisateur a réussi à répertorier — ou simplement extraire — toutes les données des fermes en Australie. Ci-contre le lien de cette carte.

Il suffit de cliquer sur une ferme pour avoir accès aux contacts et à des informations précieuses. Attention cependant : certaines informations peuvent être erronées.

Prendre contact avec les fermes : privilégier les formulaires en ligne
Mon retour d’expérience en ferme — qui n’est pas forcément représentatif — me pousse à vous inciter à concentrer votre énergie sur les formulaires en ligne.
À notre arrivée à Cairns en mai, nous sommes allés à Mareeba où nous cherchions à travailler dans les fermes d’avocats, l’un des fruits les moins pénibles à picker. Nous avons contacté TOUTES les fermes aux alentours. Nous sommes même directement allés sur place. Cela n’a pas été fructueux puisque nous étions en fin de saison. Si seulement nous avions eu le fameux guide dont je vous ai parlé dès le départ… C’est désormais chose faite pour vous !
C’est à Bowen que j’ai pu trouver du travail en ferme en complétant directement un formulaire en ligne. J’ai dû le remplir environ trois fois avant qu’on me propose enfin une induction en juillet. J’ai fait du packing de sweet corn pendant trois mois au sein de l’entreprise Mulgowie.
Désireux d’avoir un retour d’expérience sur le picking à vous partager, nous avons entendu dire que le picking de cerises était le fruit qui pouvait rapporter le plus d’argent, à condition d’être rapide. Après de nombreux échanges, on nous a conseillé de nous inscrire via un formulaire en ligne fin août / début septembre afin d’intégrer les effectifs de Reid Fruits, l’un des orchards de cerises les plus importants d’Australie, voire du monde. Réputé pour ses exportations vers le marché asiatique comme produit de luxe, ce verger attire énormément de backpackers.
Nous avons donc rempli ce formulaire dès qu’il a été disponible et, sans surprise, nous avons été pris dès le début de saison en Tasmanie, qui a commencé fin décembre.
En Tasmanie encore, après la saison des cerises, nous avons trouvé du travail dans les berries pour le groupe Costa, là encore via un formulaire en ligne.
Toutes nos autres démarches — et elles ont été nombreuses entre les appels, les déplacements et les messages Facebook — n’ont jamais porté leurs fruits. Autant vous dire que le formulaire en ligne, c’est gagnant-gagnant.
Certes, ces formulaires sont pénibles à remplir car vous devez fournir beaucoup d’informations et de documents. En revanche, vous gagnez énormément de temps puisque l’entreprise dispose déjà de toutes vos informations, vous propose une induction et vous commencez directement à travailler, dans le respect du droit en vigueur… mais pas forcément comme vous l’imaginez.
Comprendre le système de rémunération en ferme : heures supplémentaires et piece rate
Le packing : simple en apparence
Pour le packing, c’est assez simple : pas de piece rate. Vous êtes payé à l’heure (hourly rate). Pas de surprise.
Sauf qu’après plusieurs semaines de dur labeur, vous vous apercevez que vous avez accumulé énormément d’heures. Et normalement, cela ouvre des droits. Vous travaillez beaucoup, donc vous devriez être récompensé d’une certaine manière.
Le sacrifice de votre temps est légalement compensé par une rémunération plus importante car, pour les besoins de l’entreprise, vous travaillez davantage durant les pics d’activité. Normal… sauf que cela ne se passe pas toujours comme ça.
À l’image de Mulgowie, voici le tour de passe-passe utilisé par beaucoup de fermes : « le bloc des 8 semaines ».
Étant juriste d’affaires, je sais lire les contrats dans leur moindre détail. Après, je vous avoue que pour un travail payé au lance-pierre, avec des termes anglais et juridiques propres au droit australien, je suis parfois tenté de laisser mon cerveau penser à autre chose. Mais chassez le naturel, il revient au galop : je finis toujours par analyser les contrats et comprendre le système avant même que la douille arrive.
Voici le type de clause typiquement inséré dans les contrats :
» Payment for overtime casual employee
Any hours worked beyond 12 hours per engagement, 12 hours within a single day, or exceeding a total of 304 ordinary hours across an eight-week period shall be compensated at 175% of the Employee’s standard hourly rate applicable to their classification, including the casual loading. »
En gros, dans un bloc de 8 semaines de travail effectué, toutes les heures travaillées au-delà de 304 heures sont rémunérées à +50 %. Donc, dans mon cas, 45,15$ au lieu de 30,38$.
Voici ci-dessous chacune de mes payslips avec, de gauche à droite, les jours validés pour les 88 jours, le chronologie des semaines, les heures effectuées, le montant net, le montant brut et le montant de la superannuation brute. Avant de lire ce tableau, il faut savoir qu’on ne travaillait pas le dimanche. En orange, ce sont les semaines où je me suis désengagé progressivement avec la ferme en privilégiant parfois d’autres opportunités professionnelles notamment en restauration. Le décompte des jours validés est fait de la manière suivante : +de 38 heures, 7 jours automatiquement validés. En-dessous de 38 heures, un jour travaillé qu’importe le nombre d’heures, correspond à un jour validé. Enfin, ça ne sert de se comparer : il y a toujours mieux, il y a toujours pire. Entre nous, je ne souhaite à personne de travailler 15 semaines en qualité de Line worker au sein de cette entreprise !

Bizarrement, vous pouvez remarquer que je n’ai travaillé qu’un seul jour lors de ma première semaine : l’induction. Ce n’est pas innocent. En procédant ainsi, l’entreprise anticipe parfaitement le bloc de 8 semaines dans l’hypothèse où le salarié dépasserait les 304 heures.
Dans mon cas, si j’avais comptabilisé semaine par semaine toutes mes heures effectuées au-delà de 38 heures hebdomadaires, cela aurait représenté bien davantage d’heures supplémentaires payées. Au total, j’ai travaillé 103,42 heures au-delà de 38 heures / semaine. Or, avec leurs règles, ils arrivent comme par magie à comptabiliser seulement… 38,08 d’heures considérées comme « overtime » – ayant travailler une heure au-delà de 12 heures dans une même journée et 37,08 heures au-délà des 304 heures dans un bloc de 8 semaines. Pire encore, certains backpackers n’ont jamais pu profiter de l’overtime puisqu’ils ont commencé à travailler lorsque la saison était calme et qu’ils ont terminé leur « premier bloc » au milieu du pic de la saison.
On appelle ça du management… ou de l’exploitation, selon le point de vue.
Cela explique le turn over important dans ce type de ferme et pourquoi je me suis aussi désengagé progressivement.
Dans d’autres fermes disposant aussi de formulaires en ligne, comme Koorelah ou Rugby Farm à Bowen, il n’y avait pas ce système de « bloc ». Le fonctionnement était classique : au-delà de 38 heures par semaine, les heures étaient payées en heures supplémentaires.
Il faut néanmoins relativiser. Sans ce système de bloc, aurais-je pu effectuer autant d’heures — parfois plus de 65 heures par semaine ? Probablement pas. L’entreprise aurait certainement embauché deux personnes travaillant chacune 38 heures maximum afin d’éviter de payer des heures supplémentaires.
Tout n’est donc pas entièrement noir ou blanc, même si l’on reste à la limite de la légalité.
Le piece rate : une besogne relativement récompensée
À Reid Fruits, le lugg de cerises était rémunéré 11,65$ brut, soit environ 9,65$ net. Un lugg correspond à une caisse de 9 à 10 kg de cerises.
Plus vous pickez, plus vous gagnez d’argent.
Cependant, il fallait ramasser au moins 3 luggs par heure pour être rémunéré au piece rate. Sinon, vous étiez payé au salaire horaire minimum, conformément à la nouvelle réglementation australienne.
Lors de ma première journée, j’ai fait 10 luggs en six heures sans m’arrêter, soit presque la moitié du prérequis nécessaire pour passer en piece rate.
Or, en hourly rate, ils décomptaient une heure de travail rémunérée puisque, selon la réglementation, on ne peut pas travailler plus de 4 heures d’affilée : une heure de pause est obligatoire.
En théorie, j’aurais donc dû prendre une pause tout en étant payé de la même manière.
Avec ces règles, ceux qui veulent maximiser leur nombre de luggs ne prennent généralement aucune pause. Et ceux qui n’atteignent pas les 3 luggs par heure… en prennent.
C’est avec ce genre de règles qu’on peut observer des comportements assez extrêmes.
D’un côté, il y a celui qui réussit à picker 70 luggs dans la journée — soit plus de 800$ brut — en s’arrachant physiquement, avec une technique transcendante que lui seul maîtrise, accompagné de musique techno et d’une force inimaginable lui permettant de porter parfois 6 luggs en même temps pour ne perdre aucune seconde.
Je vous laisse deviner que ce n’était pas sa première saison.
À l’image de ce Canadien qui pick des cerises quelques semaines au Canada, puis dans le Mainland australien avant d’atterrir en Tasmanie, puis en Nouvelle-Zélande. Dans leurs mains, les cerises n’ont plus vraiment de secret.
Au milieu, il y a les « gens normaux », qui commencent généralement la saison à 10 luggs par jour puis terminent autour de 40 luggs, après beaucoup de souffrance.
Et enfin, il y a celui qui, parfois alcoolisé ou sous l’emprise de drogues, fera 4 luggs par jour pendant toute la saison, volera des luggs à d’autres pour se distraire, passera sa journée à parler, écouter de la musique ou se balader dans les rangées sans que les managers ne remarquent réellement qu’il ne travaille presque pas… jusqu’à deux jours avant la fin de la saison.
Et cette même personne aura parfois été autant rémunérée qu’un picker ayant fait moins de 21 luggs dans la journée.
Cette saison de picking chez Reid Fruits aura été particulièrement spéciale.
Le choix entre le packing et le picking : avantage au packing
Même si le packing a été, pour moi, clairement plus ennuyeux que le picking, j’opterais sans hésiter pour le packing afin de valider mes jours.
Les aléas de la météo rendent le picking beaucoup trop aléatoire.
Lors de notre saison de cerises chez Reid Fruits, nous avons travaillé seulement 17 jours tout en restant disponibles sur place pendant cinq semaines. L’année dernière, la saison avait été bouclée en à peine trois semaines, quasiment sans Day off. C’est donc très aléatoire.
Certes, Reid Fruits fournissait une attestation à ceux qui la demandaient afin d’indiquer que telle période — incluant les days off — devait être prise en compte pour les 88 jours. Mais il y a malgré tout un véritable manque à gagner lié aux jours où il est impossible de travailler à cause de la pluie ou du froid.
Et si le picking de cerises peut être très lucratif, ce n’est pas le cas de tous les fruits. Par exemple, il est assez difficile d’atteindre le piece rate dans les berries. La rémunération avoisine donc souvent le salaire horaire minimum et n’atteindra quasiment jamais les montants qu’il est possible de gagner avec les cerises.
L’hospitality : savoir oser
Pour nos jobs en restaurant — serveur, dishwasher ou housekeeping — le point commun à toutes ces expériences, c’est que nous nous sommes déplacés directement dans les établissements pour rencontrer les propriétaires ou les managers avant d’être recrutés.
Le gros avantage, ce sont les majorations :
- +20 % le week-end ;
- jusqu’à +100 % les jours fériés.
Le désavantage, c’est que vous ne pourrez pas valider vos jours dans les zones non remote.
À Bowen, ma partenaire a trouvé deux emplois dans deux restaurants différents. Elle travaillait plus de 50 heures par semaine. C’était un rythme effréné qu’elle ne pense pas reproduire un jour. Elle a pu valider ses jours grâce à ces expériences car Bowen se situe dans le North Queensland, une zone considérée comme remote. Au total, alors que mon taux horaire tournait autour de 31,26$ brut, le sien atteignait environ 34,5$ brut grâce aux week-ends.
Je souhaite valider mes jours : que faire ? Je suis perdu.
Mon conseil serait de privilégier les fermes en regardant attentivement les saisons, puis de candidater dans les grosses structures via les formulaires en ligne.
Dans l’attente, ne restez pas inactif. Dans cette recherche d’emploi, pensez aussi au volontariat : il vous permet de patienter tout en découvrant d’autres horizons. Nous en avions trouvé six différents en Australie. Par exemple, il a été important pour nous d’avoir un pied-à-terre afin d’effectuer toutes nos démarches administratives. Si vous informez directement vos hôtes de vos intentions, il est également possible de travailler en parallèle d’un volontariat, où il est généralement demandé d’aider cinq heures par jour, cinq jours par semaine. Cela peut s’avérer assez compliqué, mais reste tout à fait faisable puisque nous l’avons fait à deux reprises sur de courtes périodes. Enfin, certains volontariats permettent de valider vos jours s’ils répondent à des conditions précises, par exemple lorsqu’ils font partie d’un programme gouvernemental de préservation de l’environnement. On vous conseille les applications payantes HelpX ou Workaway qui marchent très bien en Australie.
Il y a aussi le petsitting où il existe un grand nombre de groupe Facebook où vous pouvez trouver à vous loger gratuitement.
Si vous êtes en ville, travaillez dans l’hospitality ou faites de la livraison de repas via Uber Eats ou DoorDash. J’ai fait un retour d’expérience à ce sujet (lien ici).
Si vous êtes dans une zone éligible comme le North Queensland, n’écartez pas les jobs en hospitality : prenez votre courage à deux mains et allez directement parler aux gérants. Un bon niveau d’anglais est évidemment un avantage, mais si ce n’est pas votre cas, cela peut aussi être une excellente manière de sortir de votre zone de confort et d’apprendre la langue.
Enfin, mon dernier conseil serait de trouver un bon équilibre et surtout de vous connaître.
Tout le monde n’est pas fait pour travailler plus de 60 heures par semaine ou vivre dans des endroits totalement isolés comme certaines mines. Beaucoup de gens vendent sur les réseaux sociaux le rêve du Fly In / Fly Out. Pourtant, je n’échangerais pour rien au monde l’expérience que j’ai vécue à Bowen.
Cette petite ville remplie de backpackers m’a permis, pendant mes days off, de profiter de la mer, de la plage, des cafés, des restaurants, de Horseshoe Bay, de la bibliothèque publique ou encore de la piscine municipale. Un endroit où l’hiver était paradisiaque, rythmé par les chants des oiseaux — et les « swoops » des magpies à vélo — et où les activités ne manquent pas, à quelques kilomètres d’Airlie Beach, porte d’entrée des Whitsundays.
