Trouver du travail sans voiture en Australie : c’est possible !
En arrivant à Cairns, nous n’avions pas prévu de rester aussi longtemps en Australie. L’idée était de faire du travail un moyen d’explorer, l’Australie étant réputée comme une destination où il est relativement facile de trouver un emploi et de gagner de l’argent, avec l’un des salaires minimums les plus élevés de l’OCDE. Après plusieurs mois d’itinérance en stop, une autre envie s’est également imposée : celle de se poser. Donc, rester quelque part, travailler quelques mois, améliorer notre anglais et mettre un peu d’argent de côté. Nous étions loin d’imaginer que nous allions finalement enchaîner une dizaine d’emplois différents… et rester près d’un an.
Notre objectif initial : faire nos 88 jours
Comme beaucoup de backpackers, nous avions en tête les fameux “88 jours” nécessaires pour prolonger un Working Holiday Visa. Une sorte de carotte : travailler suffisamment pour pouvoir ensuite continuer à explorer ce pays immense.
Le choix de ne pas acheter de voiture
Contrairement à la majorité, nous avons fait un choix assez radical : ne pas acheter de voiture.
Pour nous, cela représentait trop d’inconnues. Entre le coût de départ, les risques d’arnaques, les réparations potentielles, l’entretien, l’assurance ou encore l’essence, l’équation nous semblait risquée. À moins d’avoir de solides connaissances en mécanique, cela ressemblait davantage à une source de stress qu’à une liberté.
Nous avons donc décidé de tenter une autre approche : trouver du travail sans voiture.
Un volontariat comme point d’ancrage
Notre première étape nous a menés à Mareeba, où nous avons fait un Workaway pendant trois semaines. L’objectif était simple : prendre le temps de nous installer, régler les démarches administratives et chercher du travail dans les fermes aux alentours.
Sur place, tout était réuni pour que l’expérience soit agréable. Nous découvrions chaque jour de nouvelles plantes, des fruits inconnus, des oiseaux que nous n’avions jamais vus. Le cadre était presque idyllique, entre nature luxuriante et rivières paisibles.
Nous avions même des vélos à disposition pour explorer la région pendant nos jours off. Pleins de motivation, nous avons parcouru les routes, frappé à quelques portes, tenté notre chance… sans succès. La réalité nous a vite rattrapés : les fermes étaient éloignées, les opportunités rares à cette période de l’année (mois de mai), et la concurrence bien présente.
Un couple de Français, avec qui nous partagions cette recherche, avait une voiture. On aurait pu penser que cela ferait la différence. Pourtant, eux non plus ne trouvaient rien. Peu à peu, une forme de tension s’est installée, presque une compétition silencieuse. Chacun cherchait de son côté, parfois sans le dire. Avec le recul, c’était surtout le reflet d’une même frustration.
Pire encore, avant d’arriver à ce Workaway, nous avons passé une soirée dans un camping pour backpackers afin de nous renseigner sur les fermes à Mareeba. Nous avions payé 40$ la nuit pour pouvoir poser notre tente sur des graviers, à défaut de place sur la pelouse. Une centaine de travailleurs y étaient entassés. Les conditions étaient assez rudes, avec des sortes de bungalows construits en matériaux de récupération, donnant une impression de précarité générale. Le lieu ressemblait presque à un petit camp improvisé, géré par un propriétaire en lien direct avec certaines fermes de la région. Nous étions arrivés en fin de saison, et de nombreux backpackers s’y étaient regroupés dans l’espoir de trouver rapidement du travail. En vain.
Prendre la route en autostop pour saisir les opportunités (et savoir dire non)
Faute de résultats, nous avons décidé de reprendre la route et de descendre la côte en direction de Brisbane, en nous arrêtant là où nous sentirions des opportunités.
Notre premier arrêt s’est fait à Tully, une petite ville rurale marquée par l’odeur de la canne à sucre. Sur le papier, tout semblait possible. En réalité, nous n’avons reçu aucune réponse des usines, ni des cafés ou des boulangeries où nous avions laissé nos CV.
Le soir, en revanche, le contraste était frappant. Des dizaines de backpackers revenaient en bus, habillés de leurs tenues de travail. Tous travaillaient dans une ferme de bananes.
En discutant avec eux, nous avons compris le système : la plupart passaient par des sharehouses ou des auberges qui fournissaient à la fois logement et travail. Le problème, c’est le prix. Plus de 250 dollars par semaine pour un lit en dortoir, avec en plus une certaine dépendance à ces structures. Même avec un salaire autour de 1000 dollars hebdomadaires, les dépenses réduisaient fortement ce qu’il restait à la fin.
Nous aurions pu tenter cette option, mais quelque chose nous retenait. Peut-être l’intuition que ce n’était pas la bonne voie pour nous. Et puis, de toute façon, les logements étaient pleins et les contacts restaient sans réponse. Alors nous sommes repartis.
À Townsville, le passage a été encore plus rapide. À peine arrivés, déjà prêts à repartir. La ville ne nous inspirait pas, et aucune des candidatures envoyées en amont n’avait abouti.
Bowen : notre point d’ancrage
C’est finalement à Bowen que les choses ont commencé à changer. Nous y sommes arrêtés car le soleil commençait à se coucher et que notre conducteur se rendait à Mackay.
Dans un camping, nous avons rencontré plusieurs backpackers, peu de backpackers. Certains travaillaient déjà en ferme, d’autres enchaînaient les petits boulots, et certains peinaient encore à trouver suffisamment d’heures. La saison n’avait pas encore vraiment commencé.
Un couple de Français, qui en était à leur deuxième saison, nous a partagé son expérience : des journées qui commencent très tôt, un rythme parfois irrégulier, mais aussi la possibilité de bien gagner sa vie sur la durée. Leur témoignage nous a donné envie de tenter notre chance ici.
Le lendemain, nous avons déposé quelques CV en ville. Rien d’extraordinaire, simplement quelques portes poussées et des échanges rapides. Un couple d’Australiens rencontré en stop nous a même proposé un logement si nous décidions de rester. Une proposition inattendue, qui nous a rappelé à quel point les rencontres pouvaient tout changer.
Et puis, comme souvent, tout s’est joué sur des détails. Un restaurant qui nous avait dit ne pas recruter a finalement publié une annonce le soir même. Dans le même temps, une personne sur Facebook nous a recommandé un café que nous n’avions pas encore contacté. Les groupes Facebook sont vraiment dynamiques et utiles en Australie
Nous avons décidé de tenter les deux.
Dans le premier établissement, l’échange a été expéditif, presque inexistant. Une expérience frustrante. À l’inverse, dans le second — un café en bord de mer — l’accueil a été simple, direct, humain.
Le verdict est tombé immédiatement : l’un de nous pouvait commencer dès le lendemain.
C’était notre premier emploi en Australie.
Quatre mois à Bowen, sans voiture : hospitality et packing
Nous avons alors décidé de rester. Ce qui devait être une simple étape est devenu un véritable point d’ancrage.
Pendant quatre mois :
- nous avons travaillé dans plusieurs restaurants (serveur, barman, kitchen hand, dishwasher),
- et travaillait en ferme (packing).
Tout cela sans voiture. Nous avons tout de même acheter un vélo et une trottinette électrique que nous avons facilement revendus à notre départ. Toutefois, attention aux Magpies !
Pour les fermes, souvent situées en dehors des zones urbaines, nous devions régulièrement compter sur les autres backpackers pour nous déplacer. Les “lifts” étaient fréquents, généralement en échange d’une participation aux frais d’essence. Cela nous a aussi permis de faire de belles rencontres en chemin.
Direction la Tasmanie pour faire du picking
En octobre, nous avons continué notre route le long de la côte Est jusqu’à Melbourne, avant de prendre un ferry pour rejoindre la Tasmania en décembre.
Là-bas, un travail nous attendait déjà : le picking de cerises, avec la possibilité de camper directement sur la ferme. Nous y avons travaillé plus d’un mois.
À la fin de la saison, en février, nous avons trouvé un autre emploi près de Devonport pour cueillir des framboises pendant une semaine, tout en faisant un peu de volontariat en parallèle. Là encore, nous nous déplacions grâce à des lifts.
Sur la route pour Sydney : hospitality
De retour à Melbourne, nous avons hésité entre partir dans les terres ou longer la côte jusqu’à Sydney.
Nous avons finalement choisi la côte, avec un arrêt à Tathra. Sur place, nous avons directement démarché les campings. Résultat : un mois de travail entre housekeeping et service en restauration.
À Sydney, l’expérience a été différente. J’y ai travaillé comme livreur pour Uber Eats pendant une semaine, tout en faisant un petsitting de deux semaines trouvé à l’avance.
Conclusion
Avec le recul, cette expérience nous a appris une chose essentielle : trouver du travail sans voiture en Australie est non seulement possible, mais cela peut aussi ouvrir d’autres portes.
Cela demande plus de temps, plus d’efforts et une certaine capacité à accepter l’incertitude. Mais cela pousse aussi à aller vers les autres, à multiplier les rencontres et à saisir les opportunités autrement.
