Uber Eats en Australie : est-ce vraiment avantageux ?

Comme beaucoup, livrer pour Uber Eats n’a jamais été une activité qui m’attirait. Mais en Australie, difficile d’y échapper. Chez les backpackers, Uber Eats ou DoorDash reviennent constamment dans les discussions. On les voit partout : que ce soit dans les rues ou en ferme, impossible d’éviter ces vêtements fluo. Arriver dans une grande ville sans plan pousse souvent à s’y mettre par facilité. Moi qui n’aurais jamais envisagé ça en France, j’ai trouvé ça étrange, presque paradoxal, de voir autant de gens, autant de nationalités, se lancer là-dedans en Australie. C’est précisément cette contradiction qui m’a donné envie de comprendre ce qu’il y avait derrière.

Je ne voulais pas me lancer n’importe comment. Pour que l’expérience soit un minimum rentable, deux conditions devaient être réunies :

  • avoir suffisamment de temps (au moins deux semaines),
  • éviter de payer un loyer élevé.

Les étapes pour se lancer

1. Le petsitting : un avantage stratégique

Dans mon cas, j’ai fait les choses à l’envers : je me suis lancé dans Uber Eats à la fin de mon PVT. Avant le grand départ, j’ai donc trouvé un petsitting de deux semaines dans la banlieue de Sydney, où je devais garder deux chats avec ma partenaire. Une vraie opportunité, surtout quand on sait que Sydney est devenue l’une des villes les plus chères du monde depuis le Covid. Sans ça, l’expérience aurait été beaucoup moins rentable.

2. Le parrainage : le vrai levier

Le système de parrainage est la principale “carotte” des plateformes.

Dans mon cas :

  • 500 $ de bonus après 100 livraisons
  • 500 $ pour le parrain

Une semaine plus tard, ce bonus était déjà monté à 1000 $ pour le parrain. Autant dire que ça change tout et que ça fluctue énormément.

Si vous êtes en couple, se parrainer mutuellement est une évidence. Et idéalement, choisissez un parrain qui peut vraiment vous aider (conseils, zones, stratégie), pas juste quelqu’un au hasard. À défaut, vous trouverez des liens de parrainages sur le réseaux sociaux, comme le miens ci-contre : lien.

3. Créer son ABN

Rapide à obtenir et obligatoire pour travailler en tant qu’indépendant. Cela signifie :

  • pas de salaire minimum
  • pas de protection en cas d’accident
  • aucune garantie

Vous êtes indépendant… mais totalement dépendant de la plateforme.

Si vous avez un doute dans le formulaire à compléter, les étapes dans le guide préparé par Uber Eats ci-contre : lien.

4. S’inscrire sur l’application

L’inscription est simple, mais demande un peu de patience (comptez dix jours) pour enfin livrer :

  • vérification d’identité
  • vidéos courtes et questionnaires
  • contrôle des antécédents (~50 $)
  • réception du matériel

5. La location du vélo : plus chère que prévue

J’ai choisi Zoomo, conseillé par mon parrain. Sur le papier, l’offre semblait correcte. En réalité :

  • vélos moins récents que prévu
  • rack non inclus (supplément)
  • assurance optionnelle mais quasi obligatoire
  • casque non fourni (achat forcé)

👉 Résultat : 143 $ au lieu des 89 $ envisagés.

Ajoutez à cela :

  • contraintes pour rendre le vélo
  • incertitudes sur les conditions

Pour une courte durée, la location reste logique. Mais au-delà, acheter un vélo devient vite plus intéressant.


Mon expérience sur une semaine

Un début chaotique

Lors de ma première journée de livraison, j’ai fait :

  • 5 courses en plus de 2h
  • 34 $ gagnés – ce qui ne représentait même pas le prix du casque.

Entre l’adaptation au vélo, la conduite à gauche, l’application, se repérer dans les rues et les erreurs de navigation… c’était laborieux.

J’ai attendu 30 minutes dans un fast-food pour qu’un commande soit prête, me suis perdu près d’une voie rapide, et dû arrêter faute de batterie sur mon téléphone (oubli d’un câble). Il faut aussi savoir qu’il y a différentes manières de finaliser la livraison : en mains propres, devant la porte ou… en complétant un code que détient le client. PS : n’oubliez pas de compléter ce code.

Un apprentissage progressif

Les deux jours suivants, j’ai fait :

  • 21 puis 16 livraisons,
  • mais près de 10h en ligne pour seulement 4h/5h actives par jour

👉 Beaucoup de temps perdu à attendre ou se déplacer inutilement.

J’ai appris à :

  • identifier les bons quartiers. Dès ma troisième journée de livraison, je comprends que je suis presque le seul livreur sur un quartier en particulier et qui m’évite des détours inutiles.
  • comprendre les horaires. Je comprends que le matin je dois commencer un peu plus tôt car la clientèle dans ces quartiers mangent plus tôt. Je dois prendre une pause obligatoire après 13 heures et surtout me focaliser sur la soirée à partir de 16 heures 30.
  • mieux gérer mes batteries. Pour faire deux « shifts », un le matin et un le soir, je dois obligatoirement mettre à charger ma seule et unique batterie pendant trois heures.

Le déclic : les bonus au quatrième jour

À partir du vendredi, tout change.

Les bonus apparaissent et transforment complètement la rentabilité. Il y a des objectifs par paliers qui augmentent considérablement les gains. Par exemple, après trois courses, je pouvais gagner 12 dollars, et ainsi de suite.

Au total, ce jour-là je réalise :

  • 23 livraisons
  • 228 $ gagnés (dont 74 $ de bonus).

Un week-end rentable mais risqué

Samedi, cinquième jour, je me sens enfin à l’aise. Je fais :

  • 25 livraisons
  • 273 $ (dont 96 $ de bonus)
  • mais justement, je me sens trop à l’aise : j’évite de justesse plusieurs incidents qui auraient pu être graves comme une chute importante avec des commandes mais par chance sans gravité ou encore faux mouvement sur la cheville contre une bordure en bois.

Dimanche, alors que j’étais confiant de finaliser rapidement mes 100 courses, une roue de mon vélo est à plat avant ma pause. Cette crevaison, ayant lieu en plein dimanche et sans matériel à ma disposition, n’est pas réparable. J’ai perdu énormément de temps à trouver un atelier qui finalement n’existait pas. Je dois terminer mes quatre dernières courses, à pied, le pneu crevé.

Les imprévus peuvent donc ruiner une journée entière.


Bilan

Résultats personnels

Sur une semaine, j’ai réalisé 100 livraisons, l’objectif que je m’étais fixé. J’ai passé 50h en ligne / 25h actives et généré 1359 $ brut (dont 679 $ de bonus)

Après déductions des taxes (~15 %), des charges liées à la location vélos (déductibles au moment de la tax return) et aux transports, j’ai gagné environ 1000 $ net. Cela représente ~20 $/h réel ou ~39 $/h actif.

Avec la connaissance de mon quartier et des tranches horaires, je pense désormais faire beaucoup mieux. Ce qui change complètement la donne, c’est les bonus qui représentent la moitié des gains. Sans les bonus, il faut le redire, les gains sont misérables.

Les limites perçues

En discutant avec d’autres livreurs, j’a compris que les crevaisons étaient fréquentes, les batteries pouvaient être défaillantes et que les vols de vélos n’étaient pas hypothétiques, ce qui représente parfois plus de 1000 $ à rembourser sans assurance. Avec ma roue crevée un dimanche après-midi et pendant un lundi férié, j’ai calculé environ 400 $ de manque à gagner. Sans parler des blessures où un accident peut vite arriver lorsqu’on livre toute la journée entre les passants, les véhicules ou encore les conditions météo. Par exemple, mon parrain Uber Eats s’est déjà luxé l’épaule en chutant lors d’une livraison. Une assurance santé est extrêmement recommandée dans le cadre de votre PVT. Si je répercute le coût de mon assurance santé sur la semaine dans ce retour d’expérience, cela représenterait seulement un peu plus de 8 euros.

Comme j’ai pu l’écrire, j’ai toujours eu des réserves sur le statut d’auto-entrepreneur, qui ne me semble pas adapté à ce type de travail. Pour autant, je ne suis pas non plus convaincu que le salariat classique soit la solution pour ces plateformes. En bref, il y a un flou juridique qui profitent à ces dernières.

Conclusion

Uber Eats peut être intéressant dans un cadre précis :

  • sur une courte durée (si location e-bike : 1 semaine pour atteindre le bonus ou 4 semaines avec plan et en cumulant DoorDash)
  • avec bonus
  • en optimisant ses horaires
  • en limitant ses coûts

👉 En couple ou entre amis avec parrainage, c’est encore plus intéressant.

Mais il ne faut pas se tromper :

  • les revenus dépendent entièrement de la plateforme
  • sans bonus, la rentabilité chute fortement
  • les risques sont bien réels (accident, vol, fatigue)

Et surtout : cela fonctionne principalement dans les grandes villes… où le coût de la vie est élevé.

Uber Eats peut être un bon “plan court terme” pour générer du cash rapidement. Mais ce n’est ni stable, ni sécurisé, ni durable. Derrière la promesse de flexibilité se cache une réalité beaucoup plus incertaine, où chaque imprévu peut faire basculer la rentabilité.

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